Biais cognitifs : quand l’irrationalité guide nos investissements
Camille Van Vyve
Camille Van Vyve
27 Jun 2021

Biais cognitifs : quand l’irrationalité guide nos investissements

En 1970, l’économiste et plus tard Prix Nobel d’Économie Eugène Fama introduisait la théorie « d’efficience des marchés financiers », basée sur deux grandes hypothèses : le comportement rationnel des agents et une information parfaite. Or, que ce soit dans ses relations, ses préférences ou ses achats, l’être humain se montre souvent imprévisible… voire irrationnel. C’est ce qu’à mis en évidence 30 ans plus tard un autre Prix Nobel, Daniel Kahneman, au travers de son étude approfondie des « biais cognitifs ». Easyvest y consacre sa première « série d’été » !

Un biais cognitif, c’est quoi ?

Le terme biais fait référence à une déviation systématique de la pensée logique et rationnelle par rapport à la réalité. Un biais « cognitif » est donc une distorsion dans le traitement fait d’une information par notre cerveau. Les biais cognitifs influencent nos croyances, nos raisonnements, la manière dont nous prenons des décisions et nos comportements sociaux.

Différents types et causes

Il existe des dizaines de biais cognitifs identifiés en psychologie et en économie comportementale. Les nombreuses études menées sur le sujet permettent, dans une certaine mesure, de classer les biais cognitifs suivant leurs causes : on distingue par exemple les biais liés au processus de l’information (généralement, des raccourcis mentaux), des biais sociaux (impliquant d’autres personnes) et des biais de mémoire (qui vont renforcer ou au contraire réduire l’importance d’un souvenir).

Irrationnels mais utiles ?

Les biais cognitifs sont-ils forcément négatifs ou, au contraire, peuvent-ils résulter dans des comportements utiles ? La théorie de l’évolution a montré que nos réflexes psychiques, liés au cerveau reptilien, ont plutôt tendance à nous protéger qu’à nous nuire. Par exemple, il a été montré que, lorsque nous rencontrons quelqu’un pour la première fois, nous avons tendance à lui poser des questions consensuelles, qui attirent des réponses toutes faites. Cela traduirait en réalité des aptitudes sociales et notre capacité à entrer en relation avec autrui. De même, face à la peur de mal faire, le biais de surconfiance – se sentir au-dessus de la moyenne – serait aussi un outil motivationnel bien utile.

Le marché efficient selon Fama

Dans la théorie de Fama, si les anticipations des agents sont rationnelles, le prix d’un bien échangé sera à tout moment la meilleure estimation possible de sa vraie valeur. L’autre hypothèse est celle d’une information parfaite, c’est-à-dire que toute l’information pertinente pour l’évaluation des biens est disponible, gratuitement, pour tous les opérateurs du marché. Un « marché efficient » est donc une économie où les agents sont tous rationnels, et réagissent instantanément et adéquatement à toute nouvelle information.

Biais cognitifs et investissement

Cependant, l’évolution des cours de bourses a régulièrement mis en évidence l’irrationalité de nombreux investisseurs face à certaines situations. Les tendances boursières, haussières ou baissières, s’expliquent souvent en partie par une suite de sous- ou sur-réactions collectives aux informations en circulation : la grande majorité des investisseurs réagit de manière trop optimiste aux bonnes nouvelles, et de manière trop pessimiste aux mauvaises. Ces tendances peuvent aboutir à des niveaux de prix extrêmes et disproportionnés par rapport aux fondamentaux économiques : c’est ce qu’on appelle des bulles financières ou des krachs.

L’avènement de la finance comportementale

L’analyse de ces mécanismes est à la base de ce l’on appelle la finance comportementale, qui montre que les décisions des investisseurs sont affectées par leurs croyances et leurs émotions plutôt que par les seuls fondamentaux économiques. L’Israélien Daniel Kahneman est le père de cette discipline ; sa « théorie des perspectives » lui valut le Prix Nobel d’Economie en 2002.

Kahneman, la peur et le plaisir

Cette théorie décrit la manière dont les individus évaluent de façon asymétrique leurs perspectives de perte et de gain. Pour donner un exemple très simplifié, la douleur de perdre 1000 euros ne pourrait être compensée que par le plaisir de gagner 2000 ou même 3000 euros. Cette asymétrie de la peur et du plaisir est l’explication de la plupart des biais cognitifs. Par cette découverte, Kahneman a pu expliquer scientifiquement ce qui nous fait prendre des décision d’investissement irrationnelles.

Rationnels contre irrationnels

Mais finalement, le marché est-il efficace, inefficace, ou partiellement efficace ? Le bon sens suggère qu’il existe une part d’investisseurs « raisonnablement rationnels », qui ont une idée assez précise de la nature des fondamentaux et de leur impact sur les prix. Mais qu’il existe par ailleurs des investisseurs irrationnels qui réagissent à des fausses informations ou qui prennent des décisions sans aucun fondement économique.

Les anomalies de marché ont tendance à se renforcer

On pourrait considérer les décisions des investisseurs irrationnels comme des phénomènes aléatoires dont les effets se neutralisent les uns les autres. Cependant, les études de finance comportementale montrent que les anomalies de marché ont tendance à se renforcer plutôt qu’à se neutraliser, car, entre autres choses :

  • les agents économiques ont tendance à commettre les mêmes erreurs (effet de foule)
  • les succès rencontrés par les uns tendent à provoquer chez la majorité d’entre eux un excès de confiance (biais de surconfiance)
  • les agents ont tendance à extrapoler, c’est-à-dire à considérer que les évolutions futures reproduiront celles du passé (biais d’extrapolation ou de conservatisme)
  • la majorité d’entre eux surpondère dans ses raisonnements les informations récentes par rapport aux plus anciennes (biais de récence)

Dans l’ensemble, le marché est plus efficace qu’inefficace

Bien que la finance comportementale ait mis en lumière certaines limites à la théorie d’efficience des marchés, la plupart des experts s’accordent pour dire qu’à tout moment, il existe une fraction significative d’agents suffisamment rationnels pour amener les marchés à un état de relative efficience.

Efficacité des marchés et investissement passif

Dans la mesure où le marché est efficient, il est impossible de le battre. Ceci constitue un argument très convaincant en faveur de la stratégie dite de « gestion passive », qui consiste à former un portefeuille qui soit un substitut aussi proche que possible du « portefeuille de marché », qui contiendrait tous les titres traités sur le marché en proportion de leur capitalisation boursière. En réalité, dans la gestion passive, il est plutôt admis que le marché est efficient à long terme : les inévitables anomalies sont des phénomènes de court terme rapidement incorporés par le marché ; sur le long terme, ces effets ont tendance à être lissés et battre le marché est quasiment impossible.

Série d’été d’easyvest

Durant l’été, nous vous proposerons une série de blogs dédiés aux biais cognitifs les plus communément rencontrés en finance comportementale. De quoi alimenter la conversation avec votre voisin.e de serviette de plage, mais surtout de mieux analyser vos propres décisions et – sans pour autant chercher la rationalité à tout prix – vous aider à prendre celles qui supporteront au mieux vos objectifs d’investissement de long terme !


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