Investissement durable, ESG, ISR : de quoi parle-t-on?
Matthieu Remy
Matthieu Remy
05 May 2021

Investissement durable, ESG, ISR : de quoi parle-t-on?

Marches pour le climat, position de Joe Biden à l’opposé de son prédécesseur : la durabilité n’est plus une mode, mais un nouveau paradigme mondial. La finance n’est pas exclue de ce mouvement, et vous êtes nombreux à nous faire part de votre préoccupation sur le sujet. Alors que l’Europe vient de se positionner elle aussi, il nous a semblé opportun de clarifier la notion même d’investissement durable, sujette à de multiples interprétations.

Trois critères à la base du principe de durabilité

ESG, ces trois lettres vous sont peut-être familières. Elles font référence à une série de critères d’évaluation des entreprises organisés autour de trois dimensions : l’Environnement, le Social et la Gouvernance. Ensemble, ces trois axes définissent la « durabilité ». Les critères ESG sont donc extra-financiers, c’est-à-dire qu’ils permettent d’évaluer un acteur économique en dehors des critères habituels que sont la rentabilité, le prix de l’action, les perspectives de croissance, etc. Mais que mesurent-ils exactement ?

E comme Environnement

Le paramètre environnemental évalue la gestion des risques et impacts environnementaux, notamment climatiques, de l’entreprise. Les critères analysés seront par exemple les émissions de CO2, la consommation d’énergie et la production de déchets par rapport au chiffre d’affaires, le taux de recyclage…

S comme Social

Le paramètre social prend en compte la gestion par l’entreprise de ses ressources humaines et parties prenantes externes. Ici les critères peuvent être le niveau de sécurité pour les travailleurs, le nombre d’heures de formation du personnel, l’absence de travail d’enfants dans la chaîne de production…

G comme Gouvernance

Enfin, le paramètre de gouvernance s’intéresse à la façon dont l’entreprise est gérée et dirigée. On mesurera dans ce cadre la diversité de l’équipe de direction, la rémunération des dirigeants, le respect des droits des actionnaires minoritaires, la qualité de la communication financière…

Qui fournit ces données ?

Les entreprises fournissent elles-mêmes de plus en plus de données ESG au travers de leur rapport annuel. Par ailleurs, plusieurs agences externes se spécialisent dans l’analyse de ces données : Bloomberg, Morningstar, Refinitiv ou encore les célèbres agences de notation Moody’s, Fitch et S&P pour ne citer que celles-là. La valeur ajoutée de ces agences consiste en l’établissement d’un système de notation permettant de se faire une idée globale de la « performance ESG » d’une entreprise. Ainsi, Morningstar a mis au point un système de « ESG Risk Rating » en 5 paliers, allant de « négligeable » à « sévère ». Refinitiv propose quant à elle un « score ESG » allant de 0 à 10, S&P un autre allant de 0 à 100.

ESG vs ISR

On confond souvent ces deux terminologies, à tort. Si l’« ESG » fait référence à une série de critères d’évaluation non-financiers qui peuvent être utilisés comme des filtres, l’Investissement Socialement Responsable (ISR) est une stratégie de gestion qui utilise les critères ESG pour construire un univers d’investissement « responsable ».

ISR : différentes approches

Pour investir de façon socialement responsable, deux stratégies s’offrent à l’investisseur ou au gestionnaire de fonds. A l’échelle d’un investissement, ces stratégies sont mutuellement exclusives ; à l’échelle d’un fonds, elles peuvent coexister. Dans tous les cas, chacune présente des avantages et des inconvénients.

Stratégie 1 : éviter les mauvais élèves

L’option la plus simple, et probablement la plus connue du grand public, consiste à exclure de ses investissements les entreprises dont les activités ou les pratiques sont en contradiction avec certains critères ESG : sociétés actives dans l’armement, le tabac, très polluantes, connues pour leur non-respect des droits de l’homme,…

Stratégie 2 : s’engager activement pour les changer

Une autre option consiste à adopter un comportement activiste au sein des entreprises dans lesquelles on investit. Engager le dialogue avec ces entreprises sur les problématiques ESG, voire exercer son droit de vote en tant qu’actionnaire pour influencer les décisions : autant de façons de faire bouger les choses en interne pour aller vers un investissement plus socialement responsable.

ETF ESG plutôt exclusifs, ETF traditionnels plutôt activistes

Que penser du « label » ESG accolé à certains ETF? Dans la majorité des cas, c’est simple : il signifie que ces fonds pratiquent la stratégie d’exclusion. Quasiment tous les autres ETF gérés par les majors BlackRock, State Street et Vanguard pratiquent l’activisme, du moins si l’on en croit leurs rapports annuels. En tant que petit investisseur, on peut donc faire de l’activisme par procuration… mais pour s’en assurer, il faudra suivre les votes de ces gestionnaires sur les propositions liées à la durabilité dans les assemblées générales.

L’investissement durable, une histoire d’arbitrages

Même à la lumière des critères ESG, des tensions subsistent dans le chef des investisseurs. Déjà parce que la définition de la durabilité dépend du système de valeurs de chacun. L’âge, le parcours socio-économique et le référent culturel sont autant de facteurs qui influencent l’idée du « socialement responsable ». Par ailleurs, les tensions sont inhérentes aux deux grandes stratégies ISR définies plus haut ou au choix de l’une plutôt que l’autre. La liste n’est pas exhaustive, mais voici quelques exemples d’arbitrages auxquels vous pourriez être confrontés dans votre quête d’investissement « durable ».

Tension 1 : exclusion ou activisme, quelle stratégie choisir ?

Prenons l’exemple de la filière du chocolat, dont on sait malheureusement qu’elle recourt au travail d’enfants. C’est une pratique que déplorent de nombreuses entreprises leaders du secteur et qu’elles promettent d’éradiquer avec le temps. L’investisseur qui évalue la possibilité d’acheter des actions d’un de ces chocolatiers peut le faire par l’intermédiaire d’un fonds présent au board de l’entreprise, avec la conviction que cette voix favorisera la transformation de la chaîne de production. Mais il peut aussi décider d’exclure ce chocolatier de son portefeuille, jugeant ces pratiques contraires à ses valeurs. Le dilemme se pose sans qu’on puisse affirmer a priori laquelle des deux options aura l’impact le plus positif à long terme.

Tension 2 : privilégier le “E”, le “S” ou le “G”?

La stratégie d’exclusion a le mérite d’être simple, mais elle est de ce fait peu nuancée. En l’adoptant, on risque notamment d’exclure une entreprise qui présente un score faible sur une dimension, mais peut-être aussi un score particulièrement élevé sur une autre. Ou, à l’inverse, de conserver en portefeuille une entreprise exemplaire sur un axe, mais avec des prestations médiocres sur un autre. Ainsi, comment considérer le nucléaire, une technologie bonne pour le climat à court terme en raison de ses faibles émissions de CO2, mais dont les conséquences à long terme, sur le plan de la gestion des déchets, pourraient impacter la santé de tous les êtres vivants ?

Pourquoi Tesla a un score ESG de 22/100 en 2020

Autre exemple très parlant pour illustrer cette seconde tension : celui de Tesla, entreprise au positionnement vert par excellence, vénérée par des millions d’investisseurs, affichant pourtant en 2020 un score ESG de 22/100 selon S&P. Morningstar lui attribue également un « risque élevé; », de niveau 4 sur 5. Plusieurs facteurs expliquent ces contres performances : l’impact environnemental élevé de la fabrication des voitures, en particulier des batteries qui nécessitent l’extraction de métaux rares, les mauvaises relations de Tesla avec les syndicats et le rôle dominant d’Elon Musk dans la gouvernance.

Engie : du carbone, du nucléaire et du renouvelable

Plus proche de chez nous, comment appréhender l’énergéticien français Engie ? Le groupe présente un risque ESG moyen selon Morningstar. Sa capacité de production est répartie entre 67% d’énergies fossiles carbonées, 28% de renouvelable et 5% de nucléaire. Ses objectifs sont cependant ambitieux sur le plan ESG : désinvestissement stable dans les énergies carbonées et investissement croissant dans les renouvelables, qui devraient atteindre 58% du mix en 2030. Dans ce cas-ci, la question-clé sera donc plutôt : croit-on dans la capacité du management à atteindre ses objectifs à long terme ?

Tension 3 : exclure les actions ou les produits ?

L’investisseur-consommateur pourra aussi être tiraillé entre l’envie de poursuivre une stratégie d’investissement responsable et celle, plus prosaïque, d’assouvir ses désirs personnels à court terme. Ainsi, exclure Ryanair de son portefeuille est une chose, ne plus acheter de billets Ryanair bon marché en est une autre… avec un effet pourtant encore plus immédiat sur la capacité de l’entreprise à se développer.

Tension 4 : sur quel score ESG se baser ?

L’absence de cadre réglementaire et d’harmonisation des modes de calcul fait qu’il y a quasiment autant de variétés de scores ESG que d’acteurs en présence, chacun se targuant d’avoir la base de données la plus large et la méthodologie la plus fine. Il n’existe donc pas de « label ESG » à proprement parler mais des indicateurs, plus ou moins fiables selon les sources. Une étude du MIT s’est ainsi penchée sur les divergences entre les scores de six agences différentes. Une autre, de l’OCDE, a mis en lumière la relative inadéquation des scores « E » pour l’investisseur cherchant à aligner son portefeuille sur une économie à faible bilan carbone – ceci en raison de la multitude de critères utilisés à l’intérieur de cette dimension.

L’Europe légifère pour une communication plus claire

On le voit, même conscient des enjeux, l’investisseur n’est aujourd’hui pas facilement en mesure de baser ses décisions sur des informations claires et uniformes. C’est pour cette raison que l’Europe légifère : non seulement elle rend obligatoire pour les services financiers la publication d’informations liées à la durabilité, mais elle veut aussi harmoniser ces informations. Il s’agit de rendre les règles du jeu équitables pour objectiver au maximum les décisions des investisseurs. Si la mise en conformité des entreprises concernées risque d’être ardue, la portée de la règlementation sera probablement un game-changer pour l’industrie au niveau mondial. Chez easyvest, nous nous préparons à cette échéance et reviendrons vers vous le moment venu, en toute transparence, pour vous expliquer notre politique de durabilité.


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