Retour de l'inflation: quel impact sur votre argent?
Matthieu Remy
Matthieu Remy
17 Jun 2021

Retour de l'inflation: quel impact sur votre argent?

Alors que le monde semble doucement se remettre de la crise du COVID-19, le spectre de l’inflation plane sur les économies développées. Faut-il s’en inquiéter? Retour sur un phénomène dont le nom est souvent mieux connu que ses implications.

L’inflation, c’est quoi?

L’inflation est une hausse générale des prix dans une économie sur une période donnée. Quand les prix augmentent, chaque unité monétaire permet d’acheter moins de biens et de services: en conséquence, l’inflation érode le pouvoir d’achat des consommateurs. Ainsi, avec une inflation annuelle de 2%, 100 euros aujourd’hui ne vaudront plus que 98 euros dans un an.

Bonne ou mauvaise chose?

Dans un système capitaliste basé sur un modèle de croissance, l’inflation est - pour autant qu’elle soit anticipée et maîtrisée - plutôt un signe de bonne santé de l’économie. En effet, même si l’inflation se traduit par une érosion à terme du pouvoir d’achat, lorsqu’elle est modérée et bien anticipée, elle s’accompagne généralement d’une hausse des salaires, ce qui la rend quasiment indolore. Il s’agit en réalité d’un “mal pour un bien”, car si le prix des biens et services augmente, les producteurs augmentent leurs profits ce qui les incite à l’investissement et en définitive, crée du progrès.

Inflation, déflation, désinflation

A l’inverse de l’inflation, la déflation est une baisse générale des prix sur une période de temps donnée. Entre les deux, la désinflation est une baisse de l’inflation: le taux d’inflation baisse tout en restant strictement positif. De manière générale, la déflation est un phénomène que les économies cherchent à tout prix à éviter, car il crée un cercle vicieux dont il est très difficile de s’extraire: la baisse des prix entraîne une baisse des marges des entreprises, des salaires, des investissements et des possibilités de financement des États qui, en conséquence, investissent également moins.

Comment mesurer l’inflation?

Pour mesurer l’inflation, on utilise le taux d’inflation, qui mesure les variations en pourcentage de l’indice des prix à la consommation. Cet indice est calculé sur base des prix pondérés d’un panier de biens et services de consommation courante, appelé parfois aussi “panier des ménages”, qui comprend notamment des produits alimentaires, des produits et services liés au logement (loyer, électricité, eau, carburant…), aux transports, aux télécommunications, aux loisirs et à l’enseignement. Chaque année, de nouveaux produits et services entrent et sortent de l’indice. En 2020 par exemple, les bières sans alcool, les pommeaux de douche et les pensions pour animaux ont intégré l’indice alors que les téléphones fixes sans fil et les abonnements de banc solaire en sont sortis…!

Qu’est-ce qui provoque l’inflation?

Plusieurs facteurs peuvent induire de l’inflation. La loi de l’offre et la demande d’abord: si la demande pour un produit ou service dépasse l’offre disponible, son prix va naturellement augmenter, car le vendeur trouvera bien un acheteur disposé à acheter plus cher son produit pour avoir la certitude de l'obtenir avant un autre acheteur. Ensuite, les politiques économiques et fiscales mises en place par les Etats jouent évidemment un rôle. Enfin, la Banque Centrale Européenne (BCE) peut provoquer de l’inflation, notamment en jouant sur les taux d’intérêts des crédits qu’elle accorde aux banques commerciales traditionnelles.

Inflation et taux d’intérêt

Chaque banque centrale détermine effectivement périodiquement un taux journalier appelé “taux directeur”, auquel elle rémunère les dépôts des banques placés chez elle, et qui servira de référence à ces mêmes banques pour fixer le taux d’intérêt des crédits qu’elle accorde. Ce taux sert également de référence pour fixer les taux d’intérêt des obligations. Il existe dès lors une corrélation directe entre inflation et taux d’intérêt : quand l’inflation est faible, les Banques centrales ont tendance à maintenir des taux d’intérêts faibles pour augmenter la capacité d’emprunt des agents économiques, stimuler la consommation et ainsi, comme expliqué plus haut, augmenter l’inflation. A l’inverse, quand l’inflation est (trop) élevée, les banques centrales ont tendance à augmenter les taux pour éviter la surchauffe ou l’emballement des prix.

Une décennie de politique monétaire accommodante…

Après le choc pétrolier de 73, l’inflation a atteint des niveaux record - proches de 14% dans les pays de l’OCDE - pour ensuite progressivement baisser et se stabiliser autour de 1,5%, laissant même craindre la déflation. Depuis la crise de 2008, les banques centrales n’ont donc eu de cesse de mettre en œuvre des politiques dites “accommodantes” en maintenant les taux d’intérêt au plancher pour décourager l’épargne, encourager le crédit, et ainsi augmenter la masse monétaire en circulation pour favoriser la consommation, et donc l’inflation.

... Sans grands effets

Jusqu’ici, ces politiques n’ont pourtant pas eu l’effet escompté: cela fait plus de 10 ans que l’inflation stagne aux alentours de 1,5%. Les causes de cet échec sont multiples: les nouvelles masses monétaires créées ont été distribuées majoritairement par les banques aux entreprises et aux particuliers les plus riches, qui n’ont pas spécialement consommé plus mais ont épargné ou investi sans effet sur l’inflation ; structurellement, la technologie qui permet d’acheter en ligne partout dans le monde a poussé les prix à la baisse ; et enfin, le vieillissement de la population et la baisse de la fécondité dans nos économies ont également freiné la consommation. Aussi, le mouvement de “déconsommation” qui anime essentiellement les jeunes générations - consommer moins, mais mieux, plus local et plus durable - pourrait avoir un impact déflationniste.

2021, le retour de l’inflation

La cause du retour actuel de l’inflation aura donc été… un virus. En effet, la pandémie et les “lockdowns” successifs qu’elle a imposés un peu partout dans le monde ont eu pour effet de réduire la consommation de biens et de services. Alors que grâce à la vaccination, les mesures se relâchent, la consommation est dopée, les ménages ayant été contraints d’épargner pendant un an - certains ayant même bénéficié de primes gouvernementales. Mais l’offre ne suit pas, car les entreprises n’ont pas encore eu le temps de s’adapter au nouveau contexte et de relancer la production à plein régime, ce qui mécaniquement pousse les prix à la hausse. Aux Etats-Unis, le taux d’inflation atteignait 5% sur un an au mois de mai, du jamais vu depuis deux décennies, et 2% en Europe.

Phénomène temporaire ou durable?

La plupart des observateurs jugent ce phénomène temporaire ou conjoncturel, à l’inverse d’une inflation structurelle due à des anomalies persistantes de marché comme une baisse de la population ou la mise en place d’un salaire minimum, par exemple. Il s’agirait ici d’un mécanisme de “décompensation” post-COVID ; l’euphorie des consommateurs devrait rapidement retomber. C’est également le pari des banques centrales, qui ont affirmé leur volonté de maintenir leurs politiques de taux d’intérêt bas pendant un an au moins. De ce fait, les marchés restent pour l’instant eux aussi assez impassibles: les indices sont relativement stables et les taux d’intérêt à long terme n’ont pas flambé.

Inflation et produits financiers

Dans un scénario de forte inflation qui inciterait la BCE à monter le taux directeur, l’attrait des actifs sans risque - les obligations - augmente. Les investisseurs ont tendance à réallouer leur capital des actions vers les obligations, faisant baisser la demande en actions et donc leur prix. Ceci étant, dans un contexte inflationniste, les entreprises sont normalement en mesure de dégager des profits égaux ou supérieurs à l’inflation, laissant supposer une remontée relativement rapide des cours. C’est particulièrement vrai pour les entreprises qui peuvent sans difficulté répercuter la hausse des prix sur leurs clients : les entreprises actives dans les matières premières, l’immobilier et la grande distribution notamment.

Qu’est-ce que cela signifie pour l’investisseur?

Rien de pire, avec de l’inflation, que d’être investi en cash: avec le temps la valeur de son patrimoine diminue, mettant en péril ses projets futurs. Si l’inflation est là pour rester, même de façon modérée, il s’agit d’un incitant pour les investisseurs à entrer en Bourse ou à augmenter leur exposition. Cela leur permet de pallier l’érosion de leur pouvoir d’achat, tirer un revenu de leur patrimoine et ainsi pouvoir mettre à exécution leurs projets de plus ou moins long terme. Mais si la Bourse reste le meilleur bouclier contre l’inflation, la diversification est évidemment toujours de mise afin de mitiger le risque inhérent à ce type d’investissement. Il conviendra donc de bien définir son horizon d’investissement et son profil de risque, afin de construire un portefeuille équilibré et en ligne avec ses objectifs.

Inflation: quel impact sur votre portefeuille?

Pour visualiser l’impact de l’inflation sur votre portefeuille, nous vous invitons à faire une simulation sur le site d’easyvest. Une fois la simulation effectuée, cliquez sur Modifier le plan, puis sur Editer en mode avancé, et enfin sur Modifier les hypothèses détaillées. Vous pourrez ainsi modifier le taux d’inflation et visualiser directement l’impact de l'inflation sur la valeur réelle de votre investissement*.

*pardon pour la complexité de ce processus, pas vraiment dans nos habitudes ;-)


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