L’année 2025 restera comme un bon cru pour les marchés financiers… mais certainement pas un long fleuve tranquille. Entre annonces politiques tonitruantes, rotations géographiques inédites, banques centrales sous pression et emballements technologiques, les investisseurs ont dû naviguer dans un environnement aussi bruyant qu’imprévisible. Pourtant, derrière les gros titres et les secousses, les marchés ont une nouvelle fois démontré leur capacité d’adaptation.
Début avril, l’annonce par Donald Trump d’un vaste plan de droits de douane — rapidement baptisé Liberation Day — a provoqué un choc immédiat sur les marchés. Le ton, très agressif et résolument protectionniste, a ravivé les souvenirs de la guerre commerciale de 2018-2019. En quelques séances, les grands indices mondiaux ont chuté de 20 à 25%, tandis que les valeurs industrielles et exportatrices étaient particulièrement sous pression. Mais l’effet a été aussi spectaculaire que bref: face aux réactions négatives des marchés et aux risques économiques, les mesures ont été partiellement édulcorées. Résultat: le scénario catastrophe anticipé ne s’est pas matérialisé. Cet épisode a rappelé que les marchés réagissent vite aux annonces politiques… mais savent aussi faire la part des choses quand la poussière retombe.
Fait suffisamment rare pour être souligné: en 2025, les bourses européennes ont surperformé les marchés américains pendant plusieurs mois consécutifs. Entre avril et septembre, le Stoxx Europe 600 a enregristré une progression de +23%, contre une performance plus heurtée du S&P 500. Plusieurs facteurs expliquent ce mouvement: des valorisations initialement plus basses, une forte exposition aux secteurs financiers et industriels, et paradoxalement… l’agressivité de Trump. Les annonces commerciales ont davantage pénalisé les multinationales américaines que certaines entreprises européennes plus domestiques. Et surtout, le soufflé s’est vite dégonflé: les tensions se sont apaisées, laissant place à une revalorisation durable des actions européennes, sur une période longue et non sur un simple rebond technique.
Ironiquement, c’est après le choc du Liberation Day que les marchés ont signé l’un de leurs plus beaux rebonds. Dès mai, les indices mondiaux sont repartis à la hausse, tirés principalement par les valeurs technologiques. Le Nasdaq a rebondi de plus de 50% entre avril et l’été, porté par des résultats solides et par l’idée que la croissance mondiale résisterait mieux que prévu. Ce mouvement a pris à contre-pied de nombreux investisseurs restés en retrait après la correction d’avril. Il illustre un phénomène bien connu: les meilleurs jours de marché surviennent souvent lorsque le climat reste anxiogène, et non lorsque tout semble enfin rassurant.
Début 2025, les marchés espéraient jusqu’à 1,5 à 2% de baisses de taux. La réalité a été plus modeste. La Fed a finalement abaissé ses taux de -0,75 %, tandis que la BCE est allée un peu plus loin avec -1%, dans un calendrier légèrement décalé. Malgré la pression politique — notamment de Trump, très critique envers la Fed — les banquiers centraux sont restés prudents, soucieux de ne pas relancer l’inflation. Surprise supplémentaire: au Japon, la Banque centrale a augmenté ses taux, une première marquante après des décennies de politique ultra-accommodante. Ces décisions ont provoqué une forte volatilité obligataire et ont profondément influencé les rotations sectorielles sur les marchés actions.
Le dollar s’est affaibli en 2025, mais sans s’effondrer. L’euro est passé d’environ 1,07 USD début 2024 à 1,12–1,13 USD en 2025. À titre de comparaison, il évoluait déjà autour de 1,12 il y a cinq ans. Autrement dit : affaiblissement, oui — rupture historique, non. Pour les investisseurs européens, l’impact a toutefois été bien réel. La performance des actions américaines, pourtant solide en devise locale, a été amputée par l’effet de change pour les portefeuilles libellés en euros. Cet épisode a remis au centre du débat la question du risque de change, souvent sous-estimée lorsque les marchés US dominent.
À l’automne, le débat s’est déplacé vers une question centrale: l’intelligence artificielle est-elle en train de former une bulle ? Certaines valorisations étaient devenues vertigineuses, avec des multiples dépassant largement les moyennes historiques. Pourtant, les craintes se sont rapidement estompées. Les publications de résultats ont montré que, si la monétisation de l’IA prenait du temps, les investissements restaient justifiés à long terme. Comme souvent, il ne s’agissait pas d’un effondrement, mais d’une normalisation des attentes. Les marchés ont appris à distinguer les promesses creuses des acteurs réellement créateurs de valeur.
L’un des grands gagnants silencieux de 2025 a été l’or, dont le prix a bondi de plus de 70% sur l’année, atteignant de nouveaux sommets historiques. Dans un contexte de tensions géopolitiques persistantes, d’incertitudes monétaires et d’affaiblissement du dollar, le métal précieux a pleinement joué son rôle de réserve de valeur et d’actif de diversification. Les banques centrales, en particulier dans les pays émergents, ont continué à renforcer leurs réserves, accentuant la tendance. En parallèle, les cryptomonnaies ont connu un regain d’intérêt, portées par un cadre réglementaire plus clair et un appétit accru pour les actifs alternatifs, mais avec une volatilité nettement plus élevée.
Ironiquement, alors que le Liberation Day visait explicitement à freiner la domination commerciale chinoise, la Chine a renforcé sa position en 2025. Ses exportations ont continué de croître fortement, notamment dans les secteurs clés de la transition énergétique et de la technologie, soutenues par un accès stratégique aux terres rares, indispensables aux semi-conducteurs, aux batteries et à l’IA. Sur le plan boursier, l’indice chinois a enregistré une progression à deux chiffres, signant un net rebond après plusieurs années de sous-performance. Pour les investisseurs globaux, cet épisode a renforcé l’idée que la Chine reste un acteur systémique, capable d’influencer les marchés mondiaux même lorsqu’elle est la cible directe de mesures restrictives.
Comme souvent, 2025 n’a pas récompensé les meilleurs prévisionnistes, mais les meilleurs comportements. D’abord, la diversification s’est révélée essentielle: entre Europe, États-Unis, Japon, tech, financières et actifs alternatifs, la dispersion des performances a été énorme. Ensuite, rester investi a fait toute la différence. Ceux qui ont attendu que « ça se calme » ont souvent manqué les rebonds les plus puissants. Cette année rappelle une vérité simple mais exigeante: en investissement, le temps passé sur le marché compte bien plus que le timing du marché. Et 2025 en a été une démonstration particulièrement éloquente.